Newsletter #128 – Santé, rythme et apprentissage

Horloges corporelles et un livre sur la lenteur

15/01/2025

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À la une

1. Le saviez-vous ? …
2. Recommandation de livre
• Les Nuits mouvementées de l’escargot sauvage, de Elisabeth Tova Bailey
3. Espace des élèves
• Un espace pour répondre aux questions des élèves
4. Citation de la semaine

Le saviez-vous ? …

Vous êtes un orchestre d’horloges !

Chaque cellule de votre corps marque le temps. Chacune contient une horloge moléculaire qui se synchronise avec des milliers d’autres, créant une symphonie chronobiologique qui coordonne le métabolisme, le sommeil et l’humeur. Au centre de cet ensemble se trouve l’horloge maîtresse, un minuscule groupe de neurones situé dans l’hypothalamus, appelé le noyau suprachiasmatique (NSC). Il reçoit ses indications de la lumière entrant par les yeux et donne le tempo à l’ensemble des rythmes du corps.

Chaque tissu — le foie, le cœur, les muscles, et même la peau — suit cette impulsion, tout en conservant son propre rythme.

Vous ne vivez pas seulement en rythme — vous êtes le rythme.

Recommandation de livre

Bouger à la vitesse de l’attention

« Les Nuits mouvementées de
l’escargot sauvage»
– Elisabeth Tova Bailey –

Lorsque la maladie contraint Elisabeth Tova Bailey à rester alitée, son monde se réduit à la taille d’une pièce. Un jour, une amie lui apporte un escargot des bois, déposé sous un pot de violettes. Ce qui commence comme un cadeau minuscule, presque absurde, devient une initiation intime à la lenteur, à la perception sensorielle et à l’interconnexion.

En observant l’escargot mener sa vie minuscule et délibérée — manger, explorer, se reposer — Bailey entre dans un rythme parallèle. Le monde de l’escargot se déploie avec une précision exquise : le son de sa mastication d’un pétale de fleur (« comme quelqu’un de très petit en train de mâcher du céleri »), ses tentacules qui s’étendent et goûtent l’air, sa glisse sans effort sur la mousse. Le temps s’étire, s’approfondit et s’adoucit. À travers l’immobilité, elle découvre le mouvement.

Le livre est à la fois un récit d’histoire naturelle, un mémoire et une méditation sur l’incarnation. Bailey, autrefois active et autonome, se retrouve à observer les gestes infimes d’une autre créature comme si elle apprenait un nouveau langage de l’être. Son attention s’aiguise ; elle perçoit sans bouger, ressent sans toucher, capte les plus petites variations de son et de lumière. L’escargot devient son professeur — un maître silencieux de l’adaptation et de la résilience.

Pour les étudiant·e·s en Feldenkrais, le récit de Bailey résonne directement avec notre pratique. Le mouvement lent et efficient de l’escargot reflète le rythme de l’attention que nous cultivons dans les leçons, où le changement émerge non de l’effort, mais de l’attention. Dans ce rythme, nous apercevons l’intelligence naturelle du système nerveux : un mouvement organisé par la sensibilité plutôt que par la volonté.

La maladie a dépouillé Bailey de son identité et de son agentivité habituelles, et pourtant, à travers l’escargot, elle redécouvre son appartenance à la vie elle-même. Elle écrit : « Lorsque le corps est rendu inutile, l’esprit continue de courir comme un limier le long de sentiers neuronaux bien tracés ». Cela pourrait décrire tout moment d’apprentissage par le sentir — lorsque, même dans l’immobilité, le système nerveux se réorganise.

L’escargot nous rappelle que la perception ne dépend pas de la vitesse, et que l’attention peut voyager plus loin que le corps. Dans le rythme lent de la convalescence, dans le son d’un escargot sauvage en train de manger, Bailey trouve de la compagnie, de l’émerveillement et du sens — la preuve que même dans l’immobilité, la vie continue de bouger.

À l’image de la méthode Feldenkrais, « Les Nuits mouvementées de l’escargot sauvage» nous invite à redécouvrir le sentiment d’être vivant à travers la curiosité, et rappelle que la guérison commence par l’écoute des plus petits sons, en nous et autour de nous.

Espace des élèves

Mika, un élève d’Espoo en Finlande, m’a demandé… :

« Avant de faire des leçons Feldenkrais, j’avais l’habitude de me faire craquer les doigts. Est-ce que cela provoque de l’arthrite ? »

Réponse courte : non.

Lorsque vous faites craquer une articulation, l’espace articulaire s’élargit, la pression diminue, une bulle de gaz se forme puis s’effondre : pop. C’est de la physique, pas une lésion.

Les recherches, y compris des études par radiographie, ainsi que le cas d’un médecin qui s’est fait craquer les articulations d’une main pendant plus de 60 ans, ne montrent aucun lien avec l’arthrite.

Pourquoi cette inquiétude ?
Les articulations bruyantes peuvent être déstabilisantes.
En Feldenkrais, nous considérons le son comme une sensation. Les sensations inhabituelles peuvent susciter de la peur, mais les bruits articulaires sont souvent simplement liés au déplacement des fluides ou à des variations de pression.

Plutôt que de craindre le bruit, posez-vous la question : comment est-ce que je bouge ? Est-ce que je force ? Parfois, une meilleure organisation apaise les articulations ; parfois non. Un mouvement sain ne cherche pas le silence, mais une mobilité douce, variée et curieuse.

Se faire craquer les articulations ne provoque pas d’arthrite. C’est simplement une sensation de plus à explorer, sans peur.

— Yvo Mentens, praticien / formateur Feldenkrais

Citation de la semaine

« La patience n’est pas seulement attendre, mais trouver la paix et le contentement dans le processus. »
-
– Elisabeth Tova Bailey