Newsletter #130 – Feldenkrais sur France TV & le monde sensoriel des animaux
Yvo sur France TV, la science des os et du stress, An Immense World d’Ed Yong, et un éclairage surprenant sur les crampes.
21/02/2026
À la une
1. Annonce
• Yvo Mentens à propos de la méthode Feldenkrais sur France TV
2. Le saviez-vous ? …
3. Recommandation de livre
• Un monde immense, de Ed Yong
4. Citation de la semaine
5. Espace des élèves
• Un espace pour répondre aux questions des élèves
1. Yvo Mentens à propos de la méthode Feldenkrais sur France TV
Interview France TV
La semaine dernière, Yvo Mentens était invité à parler de la méthode Feldenkrais dans l’émission Bel & Bien sur France 2.
Nous avons décidé de partager avec vous quelques moment de cette émission et d’approfondir certains sujets.
5 courtes réflexions seront publiées sur nos réseaux sociaux ; nous partageons ici avec vous les 1re et 2e parties.
Partie 1.: https://www.instagram.com/reel/DUx1PI2iP_Q
Partie 2.: https://www.instagram.com/reel/DU5wSUrCPGn
Le thème de l’émission était :
les bienfaits du mouvement face aux douleurs physiques
L’émission du 6 février est disponible en replay sur l’application FranceTV (France 2):
https://www.france.tv/france-2/bel-bien-ensemble/
2. Le saviez-vous ?
Vos os peuvent « entendre » les contraintes et y répondre.
Grâce à un processus appelé mécanotransduction, les cellules osseuses perçoivent les forces mécaniques et s’y adaptent — en s’épaississant là où les contraintes sont fréquentes et en s’amincissant lorsqu’elles sont absentes.
C’est pourquoi les astronautes perdent de la densité osseuse en microgravité, tandis que les haltérophiles et les personnes qui bougent régulièrement la développent.
Chaque pas, chaque saut, chaque poussée est une conversation entre votre squelette et la gravité.
3. Recommandation de livre
- Redécouvrir les sens dans lesquels nous vivons
Un monde immense — par Ed Yong
Dans Un monde immense, le journaliste scientifique Ed Yong nous invite à imaginer la vie à travers d’autres yeux, mais aussi d’autres oreilles, nez et peaux. Il explore la diversité stupéfiante des perceptions dans le règne animal : des tortues qui perçoivent les champs magnétiques, des éléphants qui entendent à travers leurs pieds, des chauves-souris qui se déplacent grâce aux échos, et des poissons qui ressentent les impulsions électriques des autres. Chacun vit dans son propre Umwelt — un monde sensoriel aussi réel et vivant que le nôtre, mais entièrement différent.
L’évolution affine chaque sens non pas pour la vérité, mais pour la survie. Les humains, dominés par la vision, sous-estiment à quel point notre champ sensoriel est limité. Nous vivons, écrit Yong, à l’intérieur d’une « mince tranche de réalité », inconscients de l’immense symphonie qui nous entoure.
Yong nous rappelle qu’il n’existe pas de réalité unique et partagée. Chaque espèce habite une version singulière du monde, façonnée par ses sens et ses besoins.
Les humains, eux aussi, vivent dans une bulle sensorielle — que nous remarquons rarement tant elle nous semble évidente. Nos yeux et nos oreilles ne révèlent qu’une fine portion de ce qui existe. Percevoir pleinement serait écrasant ; la perception est toujours un acte sélectif.
Pour les élèves de la méthode Feldenkrais, cette idée résonne profondément. Les leçons de Prise de conscience par le mouvement (PCM) nous invitent à explorer notre propre Umwelt, à observer comment nous percevons par le toucher, le poids et l’orientation ; comment de petites différences de sensation peuvent transformer notre compréhension du monde. Chaque leçon élargit les frontières de notre champ sensoriel, nous rappelant que la perception n’est pas figée, mais qu’elle s’apprend.
Yong montre que les animaux perçoivent activement, et non passivement. Le sonar d’une chauve-souris ne fonctionne que parce qu’elle bouge. Il en va de même pour nous : le mouvement, l’action et l’attention, façonnent notre manière de sentir.
Dans la pratique Feldenkrais, nous affinons cette capacité, en apprenant à sentir davantage, à bouger de manière moins automatique, et à écouter plus finement les subtilités du contact, de la respiration et du tonus.
Un monde immense nous enseigne finalement l’humilité et l’émerveillement. Le monde est plus vaste que ce que nous pouvons connaître, et nos sens ne sont pas des limites mais des invitations, des voies d’entrée en relation. En cultivant l’attention, nous rejoignons l’immense monde qui nous entoure, non pas comme de simples observateurs, mais comme des participants à la symphonie du sentir qui relie toute forme de vie.
4. Citation de la semaine
« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit… »
— Marcel Proust
5. Espace des élèves
La semaine dernière, nous avons parlé des « crampes » pendant une leçon d’ATM.
Bene, des Pouilles en Italie, a demandé si boire du jus de cornichon pouvait l’aider lorsqu’il a des crampes à la jambe pendant une leçon d’ATM, en raison des électrolytes qu’il contient. Est-ce exact ?
Réponse courte: c’est en partie vrai, avec une précision importante.
Oui, il existe des données crédibles montrant que le jus de cornichon peut arrêter certaines crampes musculaires rapidement, mais pas à cause des électrolytes, comme on l’entend souvent, ni parce qu’il réhydrate l’organisme.
Ce qui semble plus juste, c’est que le jus de cornichon peut parfois soulager les crampes très rapidement (souvent en 30 à 60 secondes). Ce délai est beaucoup trop court pour que le sodium ou le potassium soient absorbés dans le sang et atteignent le muscle.
Les recherches suggèrent que l’effet provient du goût fortement acide, qui stimule des récepteurs dans la bouche et la gorge. Cette stimulation sensorielle semble déclencher un réflexe inhibiteur sur des motoneurones devenus trop actifs au niveau de la moelle épinière, aidant ainsi le muscle à se relâcher. Comme il s’agit d’un réflexe, c’est simplement le goût intense dans la bouche qui agit comme déclencheur. Il n’est souvent pas nécessaire de boire un grand verre : une petite gorgée, voire simplement garder le liquide en bouche pour en percevoir l’acidité, peut suffire à activer ce réflexe.
L’idée selon laquelle « il n’est même pas nécessaire de l’avaler » est donc globalement cohérente avec la compréhension actuelle du mécanisme. Cela ne fonctionne pas pour toutes les crampes. L’effet semble surtout présent pour les crampes liées à une hyperexcitabilité neuronale (associées à l’effort ou à la fatigue), et non pour celles dues à une maladie neurologique ou à d’autres conditions médicales.
Qualifier le jus de cornichon de simple « solution d’électrolytes » dans ce contexte est donc trompeur. Les électrolytes sont importants pour la santé générale, mais ils n’expliquent pas l’effet immédiat observé sur certaines crampes.
Du point de vue du Feldenkrais, ce qui est intéressant n’est pas le jus de cornichon en lui-même, mais le principe :
une stimulation sensorielle forte peut modifier rapidement la réponse motrice.
Le goût acide agit comme un signal puissant pour le système nerveux, interrompant un schéma de contraction devenu excessif. Cela s’accorde bien avec ce que nous observons dans les leçons : modifier l’entrée sensorielle, l’attention ou l’organisation peut réduire un tonus excessif sans chercher à « corriger » directement le muscle.
— Yvo Mentens, formateur Feldenkrais